| CHAPITRE 1
LE DÉLUGE DE NUH
Et en effet Nous avons envoyé Nuh vers son peuple. Il
demeura parmi eux mille ans moins cinquante années. Puis le déluge les
emporta alors qu'ils étaient dans un état d'injustice. (Surat al-Ankabut:
14)
Mentionné dans presque toutes les cultures, le déluge de
Nuh (Noé) est l'un des exemples auxquels le Coran fait le plus souvent
allusion. L'indifférence du peuple de Nuh face à ses conseils et avertissements,
leurs réactions et la manière dont s'est déroulé leur châtiment sont abordés
dans de nombreux versets.
Le Prophète Nuh fut envoyé pour avertir son peuple qui s'était
détourné des versets d'Allah et Lui avaient même donné des associés, et
pour les inciter à abandonner leur rébellion et à réemprunter la bonne
voie, celle de l'adoration exclusive d'Allah. En dépit des appels répétés
de Nuh et de ses avertissements contre le déclenchement de la colère d'Allah,
son peuple persévéra dans l'erreur. Dans le Coran, la manière dont cette
affaire s'est développée est ainsi décrite:
Nous avons certes envoyé Nuh vers son peuple. Il dit:
"Ô mon peuple, adorez Allah, car vous n'avez pas d'autre divinité que
Lui. Ne Le craignez-vous donc pas?" Alors les notables de son peuple qui
avaient mécru dirent: "Celui-ci n'est qu'un être humain comme vous, voulant
se distinguer à votre détriment. Si Allah avait voulu, ce sont des anges
qu'Il aurait fait descendre. Jamais nous n'avons entendu cela chez nos
ancêtres les plus lointains. Ce n'est, en vérité, qu'un homme atteint
de folie, observez-le donc durant quelque temps." Il dit: "Seigneur! Apporte-moi
Ton secours, car ils me traitent de menteur!" (Surat al-Mu'minun: 23-26)
Comme il ressort de ces versets, les chefs de la communauté
essayèrent d'accuser Nuh de vouloir s'emparer du pouvoir, et par ailleurs
ils essayèrent de le faire passer pour un 'possédé', et finalement ils
décidèrent de patienter avec lui un moment, tout en maintenant une pression
sur lui.
Sur ce, Allah dit au Messager Nuh de construire une arche
puisque les malfaisants qui ont rejeté la foi seraient punis par la noyade,
tandis que les croyants seraient sauvés.
Lorsque vint l'heure du châtiment, une eau abondante jaillit
des entrailles de la terre et cela, combiné à une pluie torrentielle,
causa un immense déluge. Allah dit à Nuh "d'embarquer
un couple de chaque espèce ainsi que sa famille, sauf ceux contre qui
le décret avait déjà été prononcé" (Surat al-Mu'minun: 27). Tous
les êtres qui n'étaient pas à bord de l'Arche furent noyés, y compris
le propre fils de Nuh, qui avait pensé pouvoir se réfugier sur une montagne
avoisinante. Quand les eaux se retirèrent à la fin du déluge, le commandement
divin ayant été mis à exécution, l'Arche demeura sur le Judi,
c'est-à-dire en un lieu élevé, comme le Coran nous le précise.
Les études archéologiques, géologiques et historiques montrent
que cet incident s'est bien déroulé comme le Coran l'a rapporté. Le déluge
est aussi décrit de façon très similaire par plusieurs civilisations passées
et dans de nombreux documents historiques, bien qu'il y ait des variantes
dans les noms des protagonistes et des lieux impliqués, et tout ce qui
est arrivé à un peuple dévié est présenté aux gens de notre époque comme
étant un avertissement.
Mis à part l'Ancien et le Nouveau Testaments, le déluge est
mentionné dans des récits sumériens et assyro-babyloniens, dans des légendes
grecques, dans le Shatapatha, le Brahmana et le Mahabharata en Inde, dans
certaines légendes galloises des Iles britanniques, dans des légendes
scandinaves et lithuaniennes, et même dans certains récits chinois.
Comment une même information détaillée et pertinente a-t-elle
pu être disséminée dans des régions aussi éloignées géographiquement et
culturellement les unes des autres, et si loin de la région impliquée
par le désastre?
La réponse est claire: le fait que le même incident soit
répertorié chez différentes communautés ayant peu de possibilités de communiquer
entre elles montre de toute évidence que ces peuples ont reçu ce savoir
par une source divine. Il semble que le déluge, l'un des événements les
plus destructeurs de l'histoire, a été évoqué par des prophètes suscités
au sein de diverses civilisations, et ce pour avertir leurs peuples respectifs.
C'est ainsi que le déluge s'est ancré dans la mémoire collective de cultures
aussi diversifiées.
Par ailleurs, bien qu'ayant été rapportée dans de nombreuses
cultures et sources religieuses, l'histoire du déluge et du Prophète Nuh
a souvent été grandement altérée, s'écartant ainsi de la version originale
à cause de la falsification des sources ou de la transmission incorrecte,
et peut-être aussi à cause de mauvaises intentions. Une recherche honnête
révèle que, parmi toutes les narrations sur le déluge, la seule description
vraiment consistante et authentique est celle fournie par le Coran.
Le Prophète Nuh et le déluge dans le Coran
Le déluge de Nuh est mentionné dans de nombreux versets coraniques.
Nous allons les citer ci-dessous en les classant selon la séquence des
événements.
Le Prophète Nuh invite son peuple à la religion de vérité
Certes Nous avons envoyé Nuh vers son peuple. Il dit:
"Ô mon peuple, adorez Allah car vous n'avez pas d'autre divinité que Lui.
Je crains pour vous le châtiment d'un jour terrible." (Surat al-A'raf:
59)
Je suis pour vous un messager digne de confiance. Craignez
donc Allah et obéissez-moi. Et je ne vous demande pas de salaire pour
cela; mon salaire n'incombe qu'au Seigneur des mondes: craignez donc Allah
et obéissez-moi. (Surat ash-Shuara: 107-110)
(Ensuite Nous avons envoyé une longue lignée de prophètes
pour vous instruire). Nous avons envoyé Nuh à son peuple:. Il dit: "Ô
mon peuple, adorez Allah, car vous n'avez pas d'autre divinité que Lui.
Ne Le craignez-vous donc pas?" (Surat al-Mu'minun: 23)
Le Prophète Nuh avertit son peuple à propos du châtiment d'Allah
Nous avons envoyé Nuh vers son peuple: "Avertis ton peuple,
avant que ne leur vienne un châtiment douloureux ." (Surat Nuh: 1)
Et vous saurez bientôt à qui viendra un châtiment qui
l'humiliera, et sur qui s'abattra un châtiment durable! (Surat Hud: 39)
Afin que vous n'adoriez qu'Allah. Je crains pour vous
le châtiment d'un jour douloureux. (Surat Hud: 26)
La négation du peuple de Nuh
Les notables de son peuple dirent: "Nous te voyons dans
un égarement manifeste." (Surat al-A'raf: 60)
Ils dirent: "Ô Nuh, tu as discuté avec nous et multiplié
les discussions. Apporte donc ce dont tu nous menaces, si tu es du nombre
des véridiques!" (Surat Hud: 32)
Et il se mit à construire l'Arche. Et chaque fois que
des notables de son peuple passaient près de lui, ils se moquaient de
lui. Il dit: "Si vous vous moquez de nous, eh bien, nous nous moquerons
de vous comme vous vous moquez de nous." (Surat Hud: 38)
Alors les notables de son peuple qui avaient mécru dirent:
"Celui-ci n'est qu'un être humain comme vous, voulant se distinguer à
votre détriment. Si Allah avait voulu, ce sont des anges qu'Il aurait
fait descendre. Jamais nous n'avons entendu cela chez nos ancêtres les
plus lointains. Ce n'est, en vérité, qu'un homme atteint de folie, observez-le
donc durant quelque temps." (Surat al-Mu'minun: 24-25)
Avant eux le peuple de Nuh avait crié au mensonge. Ils
traitèrent Notre serviteur de menteur et dirent: "C'est un possédé!" Et
il fut repoussé. (Surat al-Qamar: 9)
Leur mépris à l'égard de ceux qui suivirent le Prophète Nuh
Les notables de son peuple qui avaient mécru dirent alors:
"Nous ne voyons en toi qu'un homme comme nous; et nous voyons que ce sont
seulement les plus vils parmi nous qui te suivent sans réfléchir; et nous
ne voyons en vous aucune supériorité sur nous. Plutôt nous pensons que
vous êtes des menteurs!" (Surat Hud: 27)
Ils dirent: "Croirons-nous en toi, alors que ce sont
les plus vils qui te suivent?" Il dit: "Je ne sais pas ce que ceux-là
faisaient. Leur compte n'incombe qu'à mon Seigneur, si vous pouvez comprendre.
Je ne suis pas celui qui repousse les croyants. Je ne suis qu'un avertisseur
explicite." (Surat ash-Shu'ara': 111-115)
Allah rappelle à Nuh qu'il ne doit pas être chagriné
Et il fut révélé à Nuh: "De ton peuple, il n'y aura pas
plus de croyants que ceux qui ont déjà cru. Ne t'afflige pas pour ce qu'ils
font." (Surat Hud: 36)
Les invocations du Prophète Nuh
Tranche donc clairement entre eux et moi; et sauve-moi
ainsi que ceux des croyants qui sont avec moi. (Surat ash-Shu'ara': 118)
Il invoqua donc son Seigneur: "Moi je suis vaincu. Fais
triompher Ta cause." (Surat al-Qamar: 10)
Il dit: "Ô Seigneur! J'ai appelé mon peuple nuit et jour;
mais mon appel n'a fait qu'accroître leur fuite." (Surat Nuh: 5-6)
Il dit: "Seigneur! Apporte-moi Ton secours, car ils me
traitent de menteur!" (Surat al-Mu'minun: 26)
Nuh, en effet, fit appel à Nous qui sommes le Meilleur
Répondeur qui exauçons les prières. (Surat as-Saffat: 75)
La construction de l'Arche
Et construis l'Arche sous Nos yeux et d'après Notre révélation.
Et ne M'interpelle plus au sujet des injustes, car ils vont être noyés.
(Surat Hud: 37)
La destruction du peuple de Nuh par la noyade
Et ils le traitèrent de menteur. Or, Nous le sauvâmes,
lui et ceux qui étaient avec lui dans l'Arche, et Nous noyâmes ceux qui
traitaient de mensonges Nos signes. C'étaient vraiment des gens aveugles.
(Surat al-A'raf: 64)
Ensuite Nous noyâmes ceux qui étaient restés à l'arrière.
(Surat ash-Shu'ara': 120)
Et en effet Nous avons envoyé Nuh vers son peuple. Il
demeura parmi eux mille ans moins cinquante années. Puis le déluge les
emporta alors qu'ils persistaient dans leur négation. (Surat al-Ankabut:
14)
Nous l'avons sauvé, lui et ceux qui étaient avec lui,
par miséricorde de Notre part, et Nous avons exterminé ceux qui traitaient
de mensonges Nos signes et qui n'étaient pas croyants. (Surat al-A'raf:
72)
Le châtiment frappe le fils de Nuh
Dans le Coran, Allah rapporte un dialogue entre Nuh et son
fils, au début du déluge:
Et l'Arche vogua en les emportant au milieu des vagues
semblables à des montagnes. Et Nuh appela son fils, qui restait en un
lieu écarté: "Ô mon enfant, monte avec nous et ne reste pas avec les mécréants."
Il répondit: "Je vais me réfugier sur un mont qui me préservera de l'eau."
Et Nuh lui dit: "Il n'y a aujourd'hui aucun protecteur contre l'ordre
d'Allah, tous périront sauf celui à qui Il fait miséricorde." Et les vagues
s'interposèrent entre les deux, et le fils fut alors du nombre des noyés.
(Surat Hud: 42-43)
Les croyants sont sauvés des eaux
Nous le sauvâmes donc, de même que ceux qui étaient avec
lui dans l'arche, pleinement chargée (avec toutes les créatures). (Surat
ash-Shu'ara': 119)
Puis Nous les sauvâmes, lui et les gens de l'Arche; et
Nous en fîmes un signe pour les mondes. (Surat al-Ankabut: 15)
La nature physique du déluge
Nous ouvrîmes alors les portes du ciel à une eau torrentielle,
et Nous fîmes jaillir de la terre des sources. Les eaux se rencontrèrent
d'après un ordre qui était déjà décrété. Et Nous le portâmes sur une Arche
faite de planches tenues par des fibres de palmiers. (Surat al-Qamar:
11-13)
Puis lorsque Notre commandement vint et que les fontaines
de la terre firent jaillir leur eau, Nous dîmes: "Fais monter dans l'Arche
un couple de chaque espèce ainsi que ta famille, sauf ceux contre qui
le décret est déjà prononcé, et les croyants." Mais ceux qui avaient cru
avec lui étaient peu nombreux. Et il dit: "Montez dedans. Que sa course
et son mouillage soient au nom d'Allah. Certes mon Seigneur est Pardonneur
et Très-Miséricordieux." Et elle vogua en les emportant au milieu des
vagues semblables à des montagnes. Et Nuh appela son fils, qui restait
en un lieu écarté: "Ô mon enfant, monte avec nous et ne reste pas avec
les mécréants." (Surat Hud: 40-42)
Nous lui révélâmes: "Construis l'Arche sous Nos yeux
et selon Notre révélation. Et quand Notre commandement viendra et que
les fontaines de la terre feront jaillir leur eau, embarque sur elle un
couple de chaque espèce et ta famille, sauf ceux contre qui le décret
a déjà été prononcé; et ne t'adresse pas à Moi au sujet des injustes,
car ils seront fatalement noyés." (Surat al-Mu'minun: 27)
L'ancrage de l'Arche en un lieu élevé
Et il fut dit: "Ô terre, absorbe ton eau! Et toi, ciel,
retiens ta pluie!' L'eau baissa, l'ordre fut exécuté, et l'Arche s'installa
sur le Mont Judi, et il fut dit: "Que disparaissent les pervers!" (Surat
Hud: 44)
L'incident du déluge a valeur de leçon
C'est Nous qui, quand l'eau déborda, vous avons chargés
sur l'Arche, afin d'en faire pour vous un rappel que toute oreille fidèle
conserve. (Surat al-Haqqa: 11-12)
Le salut d'Allah à l'égard du Prophète Nuh
Paix et salut sur Nuh dans tout l'univers! Ainsi récompensons-Nous
les bienfaisants. Il était, certes, un de Nos serviteurs croyants. (Surat
as-Saffat: 79-81)
Le désastre du déluge était-il local ou de vaste envergure?
Ceux qui nient la réalité du déluge de Nuh avancent comme
argument qu'une submersion de la terre entière est impossible. Toutefois,
leur négation de tout déluge vise aussi à avancer une excuse pour leur
mécréance. Le déluge est décrit dans le Coran, seul livre divin inaltéré,
d'un point de vue différent de celui du Pentateuque et des légendes véhiculées
par diverses cultures. Le Pentateuque, qui désigne l'ensemble des cinq
premiers livres de l'Ancien Testament altéré, affirme que le déluge fut
mondial. Cependant rien de semblable n'est exprimé dans le Coran et, bien
au contraire, les versets relatifs à ce sujet montrent que le désastre
fut régional, n'affectant que le peuple de Nuh.
Lorsqu'on compare les narrations du déluge dans l'Ancien
Testament et dans le Coran, cette différence apparaît de façon flagrante.
L'Ancien Testament, qui a subi de nombreuses altérations et des ajouts
à travers l'histoire, si bien qu'il ne peut pas être considéré comme étant
la révélation originale, décrit ainsi l'enchaînement des événements:
Et Dieu vit que la méchanceté de l'homme était grande
sur la terre, et que chacune de ses pensées était déviée, ainsi que son
cœur. Et le Seigneur regretta d'avoir placé l'homme sur la terre, et cela
Le peina profondément. Et le Seigneur dit: "Je détruirai l'homme que J'ai
créé à partir de cette terre; et Je détruirai à la fois l'homme et la
bête, et la créature rampante tout comme celle qui vole dans les airs;
car J'ai regretté de les avoir faits." Mais Nuh trouva grâce aux yeux
du Seigneur. (Genèse, 6: 5-8)
Dans le Coran, cependant, il est spécifié sans ambiguïté
que seul le peuple de Nuh a été détruit, et non le monde entier. Tout
comme Hud fut envoyé au seul peuple de 'Ad (Surat Hud: 50) Salih au peuple
de Thamud (Surat Hud:61) et tous les prophètes ayant précédé Muhammad
à leurs peuples respectifs, Nuh ne fut suscité qu'auprès de son peuple,
et le déluge n'a frappé que ce peuple:
Certes Nous avons envoyé Nuh à son peuple et il leur
dit: "Je suis pour vous un avertisseur explicite, afin que vous n'adoriez
qu'Allah. Je crains pour vous le châtiment d'un jour douloureux." (Surat
Hud: 25-26)
Ceux qui ont péri étaient des gens qui n'avaient pas suivi
le message transmis par leur prophète et s'étaient enfoncés dans la rébellion.
À ce sujet, certains versets sont très explicites:
Et ils le traitèrent de menteur. Or, Nous le sauvâmes,
lui et ceux qui étaient avec lui dans l'Arche, et Nous noyâmes ceux qui
traitaient de mensonges Nos signes. C'étaient vraiment des gens aveugles.
(Surat al-A'raf: 64)
Or Nous l'avons sauvé, lui et ceux qui étaient avec lui,
par miséricorde de Notre part, et Nous avons exterminé ceux qui traitaient
de mensonges Nos signes et qui n'étaient pas croyants. (Surat al-A'raf:
72)
De plus, dans le Coran, Allah rappelle qu'Il ne détruit pas
une communauté sans avoir envoyé auprès d'eux un avertisseur. Et ce n'est
qu'après que le messager a été traité de menteur que la destruction prend
un sens. Allah déclare dans la sourate al-Qasas:
Ton Seigneur ne fait pas périr de cités avant d'y avoir
envoyé un messager pour leur réciter Nos versets. Et Nous ne faisons périr
les cités que lorsque leurs habitants pratiquent l'injustice. (Surat al-Qasas:
59)
Il est énoncé dans le Coran qu'Allah ne détruit pas un peuple
sans l'avoir préalablement mis en garde. C'est pourquoi Allah n'a pas
détruit les peuples contemporains de celui de Nuh à qui Il n'avait pas
encore envoyé de messager.
C'est ainsi que nous sommes sûrs que le désastre a été régional,
et non général. Les excavations creusées dans le cadre de recherches archéologiques,
menées dans la région où le déluge est supposé avoir eu lieu, montrent
que seule une partie de la Mésopotamie a été affectée, comme nous le verrons
un peu plus loin.
Les animaux ont-ils tous été embarqués sur l'Arche?
Les exégètes de la Bible pensent que Nuh a fait monter à
bord de l'Arche un couple de chaque espèce animale vivant à l'époque sur
terre, sauvant ainsi les animaux de l'extinction.
Ceux qui défendent ce point de vue ont de sérieux défis à
relever: celui de l'alimentation de tous ces animaux dans l'Arche, celui
de leur hébergement à bord, et celui de leur séparation les uns par rapport
aux autres. Par ailleurs, une épineuse question se pose: comment les animaux
des différents continents ont-ils pu être rassemblés? Et également: comment
ont-ils pu survivre hors de leur habitat naturel le temps qu'a duré le
châtiment, et il se pose aussi le problème des animaux dangereux tels
que les serpents et les scorpions.
Telles sont les questions auxquelles l'Ancien Testament altéré
est confronté. Dans le Coran, rien ne dit que toutes les espèces animales
de la terre ont eu des représentants à bord de l'Arche. Conformément à
ce que nous avons dit plus haut, les animaux embarqués furent très probablement
ceux de la région où résidait Nuh.
Ceci dit, c'est même évident qu'il est impossible de rassembler
des spécimens de toutes les espèces animales vivant dans cette région-là.
Il est presque impensable d'imaginer Nuh et ses quelques disciples partant
dans toutes les directions afin d'effectuer une telle collecte. Il est
encore plus improbable qu'ils aient pu prendre un couple de chaque espèce
d'insectes, à supposer qu'ils aient déjà pu distinguer pour chacune le
mâle de la femelle! C'est la raison pour laquelle on peut légitimement
supposer que seuls les animaux facilement capturables ont été embarqués
et nourris dans l'Arche, et que ces quelques animaux étaient surtout des
animaux domestiques utiles à l'homme: moutons, chevaux, vaches, volailles
et chameaux par exemple, car ceux-ci permettaient le redémarrage de la
vie après le retrait des eaux et la destruction de tous les troupeaux.
Ici il est important de noter que l'un des exemples de la
sagesse divine en ce commandement d'Allah de rassembler des animaux peut
être davantage la préoccupation de rétablir une vie équilibrée immédiatement
après la disparition du déluge que de sauver le genre animal en lui-même.
D'ailleurs, puisque le châtiment ne s'était abattu que sur une seule région,
l'extinction des races animales n'aurait pas pu se produire, et de plus
il y aurait eu au cours du temps des migrations pour peupler l'espace
vide consécutif au désastre, permettant de reconstituer peu à peu l'ancien
cheptel. C'est donc en vue d'une reprise très rapide d'une vie normale
que l'ordre de préserver des animaux a été donné.
Jusqu'à quelle hauteur les eaux se sont-elles élevées?
Une autre question relative au déluge et sujette à débat
est de savoir si le niveau des eaux s'est suffisamment élevé pour recouvrir
les montagnes. Comme il a été spécifié, nous apprenons du Coran que l'Arche
s'est déplacée sur al-Judi, où elle est demeurée après le déluge.
Le mot Judi fait généralement référence à un site montagneux
spécifique, tandis que dans la langue arabe ce terme signifie "colline
ou promontoire". Par conséquent on peut penser que dans le Coran Judi
ne désigne pas une montagne particulière, mais indique seulement que l'Arche
a été élevée par rapport au niveau des plaines. De plus, le terme Judi
n'implique pas que les eaux soient nécessairement montées jusqu'au niveau
des montagnes, il signifie seulement que leur niveau a monté. Ce qui est
encore une preuve que la terre entière n'a pas été submergée, contrairement
à ce qu'affirme l'Ancien Testament, mais que les eaux ont simplement recouvert
une région.
La localisation du déluge de Nuh
Les plaines mésopotamiennes sont souvent citées pour avoir
probablement été le théâtre du déluge. Cette région du monde est le berceau
des plus anciennes civilisations connues. De plus, étant située entre
le Tigre et l'Euphrate, cette région géographique est sujette à des risques
d'inondations. Le déluge a ainsi pu comporter un débordement simultané
de ces deux fleuves.
La seconde raison de la probable localisation du déluge dans
cette région est historique. En effet, des écrits provenant de plusieurs
civilisations de la région mentionnent l'occurrence d'un déluge contemporain
à ces civilisations. Ayant été témoins de ce grandiose événement et de
l'éradication du peuple de Nuh, les gens de cette époque ont ressenti
le besoin de consigner par écrit les détails de ce cataclysme et de ses
conséquences. Il est un fait connu que la plupart des légendes relatives
au déluge sont d'origine mésopotamienne. Mais ce qui est plus important
pour nous, ce sont les découvertes archéologiques. Celles-ci montrent
en effet qu'un déluge de grande envergure a frappé cette région. Comme
nous le verrons en détail dans les pages qui suivent, ce déluge a suspendu
le cours de la civilisation pendant un certain temps. Dans les excavations,
les traces apparentes d'un tel sinistre ont été mises à jour.
Ces excavations
montrent que la Mésopotamie a subi au cours de son histoire divers désastres
consécutifs à des déluges et aux crues du Tigre et de l'Euphrate. Par
exemple, il y a environ 4000 ans, au temps de Ibbi-Sin, qui gouvernait
la nation de Ur située au sud de la Mésopotamie, une année est connue
comme "venant après un déluge qui avait anéanti les frontières entre les
cieux et la terre".1 Vers 1700 avant Jésus-Christ,
au temps du babylonien Hammourabi, une année est connue comme étant celle
où s'était produite la catastrophe de "la destruction de la cité d'Eshnunna
par un déluge".
Au 10ème siècle avant Jésus-Christ, au temps du
roi Nabu-mukin-apal, un déluge s'abattit sur la cité de Babylone.2
Aux 7ème, 8ème, 10ème, 11ème
et 12ème siècles de l'ère chrétienne, d'importants déluges
frappèrent la même région. Et au 20ème siècle, ces catastrophes
se renouvelèrent en 1925, 1930 et 1954.3 Il est
donc clair que la région a toujours été sujette aux calamités causées
par les eaux et, comme il est indiqué dans le Coran, il n'est pas impossible
qu'un sinistre plus important que les autres ait pu anéantir tout un peuple.
Les preuves archéologiques du déluge de Nuh
 |
Une illustration
représentant le déluge de Nuh |
Il n'est pas surprenant qu'aujourd'hui nous découvrions
les traces des communautés dont le Coran nous dit qu'elles ont été détruites.
L'archéologie vient confirmer le fait que plus une communauté disparaît
brusquement, plus il est probable que nous puissions exhumer certains
de ses vestiges.
Dans le cas de la disparition soudaine d'une civilisation,
par exemple suite à un cataclysme naturel, ou à un exode massif pour cause
de guerre, les traces de la civilisation en question pourront être bien
mieux préservées. Les maisons et les outils de la vie quotidienne sont
en effet recouverts par la terre en un laps de temps assez court; ils
se trouvent ainsi préservés pour de très longues périodes, non altérés
par la main des hommes, et ils fournissent des renseignements abondants
sur le passé lorsqu'ils sont mis à jour par les archéologues.
C'est ainsi que de nombreuses traces du déluge de Nuh ont
été découvertes de nos jours. On estime que cette catastrophe remonte
environ au 3ème millénaire avant Jésus-Christ, toute une civilisation
a disparu brutalement et plus tard une toute nouvelle civilisation a vu
le jour à sa place. Les preuves du déluge ont donc été préservées pendant
des milliers d'années, pour nous servir d'avertissement.
Nombreuses ont été les recherches menées dans les plaines
de Mésopotamie afin d'en savoir plus sur le déluge. Ainsi, les vestiges
de quatre grandes cités ont permis de révéler les traces de ce qui a été
une inondation majeure. Ces cités étaient les plus grandes de Mésopotamie:
Ur, Erech, Kish et Shuruppak.
Ces quatre villes auraient été submergées par les eaux vers
le 3ème millénaire avant Jésus-Christ.
Examinons d'abord le cas des fouilles menées dans la cité
d'Ur.
Les plus anciens vestiges d'une civilisation mis à jour lors
des fouilles menées dans cette cité, sur laquelle est bâtie la ville actuelle
de "Tell al-Muqayyar", remontent à près de 7000 ans avant Jésus-Christ.
Plusieurs cultures se sont succédées dans cette région où diverses populations
se sont installées au cours de l'histoire.
Les archéologues ont réussi à montrer qu'une rupture de civilisation
s'est produite suite au déluge, et qu'ensuite de nouvelles civilisations
ont émergé plus tard. R.H.Hall, du British Museum, a entrepris les premières
fouilles en ce lieu. Leonard Woolley, qui assuma la direction des fouilles
après Hall, dirigea des recherches communes entreprises conjointement
par le British Museum et l'Université de Pennsylvanie. Les fouilles conduites
par Woolley, et qui eurent un retentissement mondial, durèrent de 1922
à 1934.
Les fouilles de Sir Woolley se sont déroulées au milieu du
désert entre Bagdad et le Golfe Persique. Les fondateurs de la cité d'Ur
étaient un peuple venu du Nord de la Mésopotamie et qui se surnommaient
eux-mêmes "Ubaidiens". Assez rapidement, des informations furent rassemblées
sur ce peuple. Les découvertes réalisées par Woolley sont ainsi décrites
par l'archéologue allemand Werner Keller:
 |
LA RÉGION DU DÉLUGE
D'après les découvertes archéologiques, le déluge de Nuh s'est produit
sur les plaines de Mésopotamie. Ces plaines avaient alors un aspect
différent. Dans le diagramme ci-dessus, la frontière maritime de
ces plaines est indiquée par des pointillés rouges. On pense que
la vaste zone située en deçà de ces pointillés était alors occupée
par la mer. |
"Les tombes des rois d'Ur", c'est ainsi que Woolley, grisé
par sa joie de les avoir découvertes, avait surnommé les tombes de nobles
Sumériens dont l'authentique splendeur avait été exposée
au grand jour lorsque les pioches des archéologues avaient attaqué un tumulus
à quinze mètres au sud du temple, permettant de mettre à jour une longue
rangée de tombes surmontées de pierres. Ces caveaux de pierre renfermaient
de véritables trésors, car ils étaient remplis de gobelets coûteux, de cruches
et de vases magnifiquement façonnés, de vaisselle de bronze, de mosaïques
de perles, de lapis-lazuli et d'argent entourant ces corps moisis dans la
poussière. Des harpes et des lyres reposaient adossés aux murs. Il écrivit
plus tard dans son journal personnel: "Presqu'immédiatement des découvertes
furent réalisées, qui confirmèrent nos hypothèses. Directement sous le sol
d'une tombe royale, nous avons trouvé de nombreuses tablettes en argile
au milieu de cendres de bois brûlé, qui comportaient des caractères d'un
type beaucoup plus ancien que celui des caractères figurant sur les tombes.
À en juger par la nature de l'écriture, ces tablettes pourraient remonter
à environ 3000 ans avant Jésus-Christ. Elles seraient donc antérieures de
deux ou trois siècles à celles des tombes."
Les puits de fouille devinrent de plus en plus profonds.
De nouvelles couches, comportant des fragments de jarres, de poteries
et de bols, continuèrent à être exhumés. Les experts remarquèrent que
les poteries changeaient peu d'une couche à l'autre. Elles avaient exactement
la même apparence que les vestiges trouvés dans les tombes royales. Par
conséquent, il semblait que pendant des siècles la civilisation sumérienne
n'avait pas subi de changement radical. Ainsi ils avaient atteint très
tôt un niveau de développement étonnamment élevé.
C'est alors qu'après plusieurs jours de travail les ouvriers
de Woolley appelèrent ce dernier: "Nous avons découvert une nouvelle couche."
Il se rendit au fond du puits pour en avoir le cœur net. Sa première pensée
fut: "Nous y sommes enfin." Il s'agissait de sable, de sable pur d'un
genre qui ne pouvait avoir été déposé que par de l'eau.
Ils
décidèrent de continuer à creuser le puits encore plus profondément. Les
pelles et les pioches retournèrent de nouveau le sol: un mètre, deux mètres,
et toujours la même couche de vase pure. Soudain, à trois mètres de profondeur,
la couche de vase cessa aussi brutalement qu'elle avait commencé: de nouvelles
traces d'un habitat humain venaient d'être mises en évidence; mais la
qualité de la poterie s'était considérablement altérée. Ici, elle avait
été fabriquée par les seules mains de l'homme, sans instruments. On ne
trouva aucune présence de métal. Les seuls outils exhumés là étaient de
très primitifs silex taillés. Ils remontaient sans doute à l'Âge de pierre!
Le déluge était la seule explication possible de ce grand
dépôt d'argile découvert sous cette colline à Ur, qui séparait clairement
deux époques de civilisation humaine. La mer avait laissé ses traces indélébiles
sous la forme de petits organismes marins incrustés dans la boue.4
Les analyses microscopiques ont révélé que ce grand dépôt
de boue argileuse sous la colline d'Ur s'est accumulé à la suite d'une
submersion si forte que toute l'ancienne civilisation sumérienne a dû
être emportée. L'épopée de Gilgamesh et l'histoire de Nuh se trouvaient
ainsi réunies dans ce puits creusé profondément sous le désert iraqien.
Max Mallowan a rapporté les pensées de Leonard Woolley, qui
a dit qu'une aussi énorme masse d'alluvions formée en une seule fois ne
peut être le résultat que d'une gigantesque inondation. Woolley a également
décrit la couche séparant la cité sumérienne d'Ur de la cité d'Al-Ubaid,
dont les habitants utilisaient de la poterie peinte, comme étant un vestige
de déluge.5
Ces recherches ont ainsi permis de montrer que la cité d'Ur
s'est trouvée au cœur du déluge. Werner Keller a exprimé l'importance
des excavations susmentionnées en disant que la mise à jour des restes
d'une cité sous une couche de boue prouve qu'une inondation dévastatrice
a eu lieu à cet endroit.6
Une
autre cité mésopotamienne porteuse des traces du déluge est "Kish des
Sumériens", qui correspond à la ville actuelle de Tall Al-Uhaimer. Selon
d'anciennes sources sumériennes, cette cité a été le "berceau de la première
dynastie post-diluvienne".7
La cité de Shuruppak, au sud de la Mésopotamie, qui correspond
à la ville actuelle de Tall Fa'rah, recèle aussi des traces apparentes
d'un déluge. Les études archéologiques dans cette cité ont été menées
par Erich Schmidt, de l'Université de Pennsylvanie, entre 1920 et 1930.
Des fouilles ont permis d'y mettre à jour trois couches porteuses de restes
d'habitations appartenant à une période comprise entre la lointaine préhistoire
et la troisième dynastie d'Ur (2112-2004 avant Jésus-Christ). Les découvertes
les plus significatives ont été les ruines de maisons bien construites
ainsi que des tablettes portant des caractères cunéiformes et à caractère
administratif, indiquant qu'une société hautement développée existait
déjà là vers la fin du 4ème millénaire avant Jésus-Christ.8
 |
Les fouilles menées par Sir Leonard Woolley dans
les plaines de Mésopotamie ont permis de révéler la présence d'une
couche de boue argileuse épaisse de 2,5 mètres. Cette couche provient
certainement des alluvions charriées par les eaux du déluge et,
dans le monde entier, elle n'existe que dans cette seule région.
Cette découverte a contribué à montrer que le déluge ne s'est produit
qu'à une échelle régionale. |
Ce qui est important, c'est que le désastre du déluge
semble s'être produit dans cette cité vers 3000-2900 avant Jésus-Christ.
D'après ce qui a été rapporté par Mallowan, Schmidt a atteint, à 4-5 mètres
sous la terre une couche jaunâtre (formée par le déluge) composée d'un mélange
de sable et d'argile. Schmidt a défini cette couche argilo-sableuse, qui
datait de l'époque de l'Ancien Royaume de Cemdet Nasr, comme étant "d'origine
fluviale", et devant être associée au déluge de Nuh.9
Probablement, la cité de Shuruppak fut
aussi affectée que les autres cités par le déluge, et les indices découverts
le font donc remonter au début du 3ème millénaire avant Jésus-Christ.10
Le dernier endroit qui semble avoir été affecté par le déluge
est la cité d'Erech, au sud de Shuruppak, connue aujourd'hui sous le nom
de Tall Al-Warka. Une couche de boue y a été mise en évidence, à l'instar
des autres cités, dont l'ancienneté est semblable aux autres couches du
même type découvertes ailleurs.11
Il est un fait bien connu que le Tigre et l'Euphrate traversent
la Mésopotamie d'un bout à l'autre. Il semble que, durant les événements
diluviens, ces fleuves ainsi que de nombreux points d'eau et rivières
débordèrent et que, ces eaux s'ajoutant aux eaux de pluie, cela engendra
une catastrophe sans précédent. Allah décrit dans le Coran cette conjonction
des eaux:
Nous ouvrîmes alors les portes du ciel à une eau torrentielle,
et Nous fîmes jaillir de la terre des sources. Les eaux se rencontrèrent
d'après un ordre qui était déjà décrété. (Surat al-Qamar: 11-12)
Lorsque les causes secondaires du déluge sont examinées une
par une, toutes apparaissent comme étant des phénomènes tout à fait naturels.
Ce qui a rendu l'événement extraordinaire, c'est leur occurrence simultanée,
et faisant suite justement aux avertissements lancés par Nuh.
L'établissement en différents lieux de preuves relatives
à l'existence du déluge a permis d'estimer la superficie affectée par
le désastre: environ 160 km d'ouest en est, sur 600 km du nord au sud.
Cela revient à dire que toutes les plaines mésopotamiennes ont été touchées.
Lorsque nous citons les cités de Ur, Erech, Shuruppak et Kish dans cet
ordre-là, nous nous apercevons qu'elles sont situées le long d'une même
route. Par conséquent, les environs de ces villes ont dû être également
inondés. Il faut par ailleurs noter que vers 3000 avant Jésus-Christ,
la structure géographique de la Mésopotamie différait de celle d'aujourd'hui;
à cette époque-là, le lit de l'Euphrate passait plus à l'est que de nos
jours, et cet ancien cours passait à proximité des quatre cités susmentionnées.
Avec l'ouverture des "sources de la terre et du ciel", il semble que le
fleuve Euphrate soit sorti de son lit et ait pu détruire ces villes.
Religions et cultures mentionnant le déluge
L'existence du déluge a été mentionnée à presque tous les
peuples par l'intermédiaire des prophètes communiquant la religion de
vérité, mais ce fait historique a été ensuite transformé en légendes par
ces différentes communautés, qui ont corrompu l'histoire et effectué des
ajouts.
Allah a communiqué aux humains des informations concernant
le déluge de Nuh par l'intermédiaire de Ses messagers et livres, suscités
auprès de diverses communautés à titre d'exemple et d'avertissement. Cependant,
à chaque fois que les textes divins ont été altérés, les descriptions
du déluge se sont trouvées entremêlées d'apports mythologiques. Seul le
Coran résiste à l'épreuve des faits empiriquement observables. Et ce parce
qu'Allah est le gardien de ce Livre, le préservant de toute corruption
et ne permettant pas que même le plus petit changement y soit apporté.
Le Coran est ainsi placé sous la protection spéciale d'Allah:
En vérité c'est Nous qui avons fait descendre le message,
et c'est Nous qui en sommes le Gardien. (Surat al-Hijr: 9)
Dans la dernière partie de ce chapitre relatif au déluge,
nous allons voir comment cet événement a été décrit, bien qu'avec plusieurs
déformations, dans différentes cultures ainsi que dans les Ancien et Nouveau
Testaments.
Le déluge de Nuh dans l'Ancien Testament
Le livre authentique révélé au Prophète Musa fut la Tawrah.
Cette révélation originelle a été très largement altérée, et le livre
biblique, le Pentateuque, est éloigné du message d'origine. Par ailleurs,
il a subi de nombreuses modifications de la part des rabbins de la communauté
juive. De même, les révélations communiquées aux Enfants d'Israël par
d'autres prophètes après Musa ont été corrompues. Par conséquent, le Pentateuque
altéré ressemble davantage à un ensemble de récits retraçant l'histoire
de la tribu d'Israël plutôt qu'à un livre divin. Et sans surprise, les
contradictions qui y sont contenues apparaissent très bien dans l'histoire
relative à Nuh, bien qu'il y ait des concordances avec le Coran.
Selon l'Ancien Testament, Dieu proclama à Nuh que tous excepté
les croyants seraient détruits, parce que la terre regorgeait de corruptions
diverses. C'est en ce sens qu'Il lui ordonna de fabriquer l'Arche et lui
décrivit en détail la marche à suivre. Il lui dit aussi d'embarquer sa
famille, ses trois fils, les épouses de ses fils, ainsi qu'un couple de
chaque espèce vivante et des provisions.
Sept jours plus tard, lorsqu'arriva le moment du déclenchement
du déluge, toutes les sources souterraines se mirent à jaillir, le ciel
se mit à déverser des pluies torrentielles et tout ce qui était sur terre
fut englouti. Cela dura 40 jours et 40 nuits. L'Arche se trouva portée
par les flots recouvrant toutes les montagnes et les hautes collines.
Et seuls ceux qui étaient aux côtés de Nuh furent sauvés, les autres ayant
péri par noyade. Puis la pluie cessa, et les eaux commencèrent à reculer
150 jours après.
Sur ce, le dix-septième jour du septième mois, l'Arche s'arrima
au Mont Ararat (Agri). Nuh décida d'envoyer une colombe pour voir si les
eaux s'étaient complètement retirées, et la colombe ne revenant pas, il
comprit que le déluge était bel et bien fini. Dieu leur enjoignit de déparquer
et de se répandre sur la terre.
Voici comment certaines parties de l'Ancien Testament relatent
le déluge de Nuh:
Et Dieu dit à Nuh: "Le temps est venu pour Moi de mettre
fin à tous les êtres vivants; car la terre est ravagée par la violence
à cause d'eux; et, écoute bien, je les détruirai au moyen de la terre.
Fabrique-toi une arche en bois de saccophore;…
… Et, écoute bien, Moi-même Je recouvrirai la terre par
des eaux jaillissantes, afin d'y détruire toute chair portant en elle
le souffle de la vie. Et tout être vivant sur terre mourra. Mais avec
toi Je ferai un pacte; et tu monteras dans l'Arche, toi et tes fils, et
ta femme et les femmes de tes fils également.
Et de chaque espèce vivante, tu feras monter dans l'Arche
deux êtres, afin de les garder vivants auprès de toi; ce seront un mâle
et une femelle…"
… Ainsi fit Nuh; et il agit en toutes choses selon ce
que Dieu lui ordonna. (Genèse, 6: 13-22)
Et l'Arche se fixa lors du septième mois, le dix-septième
jour du mois, sur le Mont Ararat. (Genèse, 8: 4)
Des bêtes qui sont pures tu prélèveras sept couples,
les mâles et leurs femelles; et des bêtes impures tu prélèveras un couple,
le mâle et sa femelle. Des oiseaux aussi tu prélèveras sept couples de
chaque espèce, les mâles et leurs femelles, afin de maintenir sur la terre
les semences de la vie. (Genèse, 7:2-3)
Et J'établirai Mon pacte avec toi; il n'y aura plus de
déluge détruisant tous les êtres vivants; et il n'y aura plus de déluge
détruisant la terre. (Genèse, 9:11)
Selon l'Ancien Testament altéré, en accord avec le verdict:
"tout être vivant sur terre mourra" lors d'un déluge frappant la terre
entière, tous les hommes ont été punis, et les seuls survivants furent
ceux qui montèrent sur l'Arche avec Nuh.
Le déluge de Nuh dans le Nouveau Testament
Le Nouveau Testament dont nous disposons de nos jours n'est
pas un livre divin dans le vrai sens du terme, car il a été altéré dans
le temps. Traitant des paroles et actes de 'Isa (Jésus) le Nouveau Testament
commence par quatre Évangiles rédigés plus d'un siècle après Jésus, par
des gens n'ayant pas vécu aux côtés de 'Isa et ne l'ayant même pas rencontré
une seule fois; les quatre évangélistes concernés étaient Matthieu, Marc,
Luc et Jean. Il y a des contradictions évidentes entre les quatre Évangiles.
En particulier, l'Évangile de Jean diffère grandement des trois autres
(appelés Évangiles Synoptiques) qui sont à peu près comparables entre
eux. Les autres livres du Nouveau Testament comprennent les lettres écrites
par les Apôtres et Saul de Tarse (qui fut appelé plus tard Saint-Paul)
décrivant les actes des apôtres après 'Isa.
Par conséquent, le Nouveau Testament d'aujourd'hui n'est
en rien un texte divin, mais plutôt un livre semi-historique.
Dans le Nouveau Testament, le déluge de Nuh est brièvement
décrit comme suit: Nuh fut envoyé comme messager à une communauté vivant
dans la désobéissance, en plein égarement, mais les gens ne l'écoutèrent
pas et persévérèrent dans leur perversité. Sur ce, Allah sauva Nuh et
les quelques croyants en les plaçant sur l'Arche, et il confronta les
négateurs avec la réalité d'un déluge. Certains chapitres du Nouveau Testament
abordent ainsi le sujet:
Et ainsi qu'il en fut à l'époque de Nuh, semblable sera
le destin du Fils de l'homme. Dans les jours qui précédèrent le déluge,
ils mangeaient et buvaient et contractaient des mariages, jusqu'au moment
où Nuh entra dans l'Arche, et ils se montrèrent insouciants jusqu'au déclenchement
du déluge, qui les emporta tous; ainsi en sera-t-il lorsque l'Heure du
Fils de l'homme viendra. (Matthieu, 24: 37-39)
Et Il n'épargna pas le vieux monde, mais Nuh le huitième
(homme) fut sauvé, prédicateur vertueux, et Il déclencha le déluge sur
le monde des impies. (Second Épître de Pierre, 2: 5)
Et ce qui s'est produit du temps de Nuh se répétera lorsque
sonnera l'Heure du Fils de l'homme. Tous les gens mangeaient, buvaient
et s'épousaient, jusqu'à ce que Nuh fut entré dans l'Arche et que le déluge
les eut tous emportés. (Luc, 17: 26-27)
Ils sont volontiers ignorants que, du fait de la Parole
de Dieu, le monde d'alors fut englouti par les eaux. (Second Épître de
Pierre, 3: 5-6)
Les récits du déluge dans d'autres cultures
Selon les Sumériens, un dieu
appelé Enlil dit aux humains que d'autres dieux voulaient les détruire
tous, mais que lui voulait les sauver. Le héros de l'histoire est Ziusudra,
le roi pieux de la cité de Sippur. Le dieu Enlil dit à Ziusudra ce qu'il
fallait faire pour être sauvé du déluge. Le texte racontant la fabrication
du bateau est manquant, mais son existence est mentionnée dans les morceaux
où il est indiqué à Ziusudra comment être sauvé. Si l'on fait confiance
à la version babylonienne du déluge, on arrive à la conclusion que dans
la version sumérienne complète de l'événement il doit y avoir bien plus
de détails sur l'origine du déluge et sur la façon dont le bateau a été
construit.
Selon d'autres récits babyloniens et sumériens, Xisuthros
ou Khasisatra fut sauvé du déluge après être monté à bord d'un vaisseau
long de 925 mètres, où avaient également embarqué sa famille, ses amis,
et certains oiseaux et animaux. Il est dit que les eaux débordèrent à
tel point qu'elles semblaient vouloir atteindre le ciel, les océans produisant
des raz-de-marée et les rivières sortant de leur lit. Le navire s'était
retrouvé après cela sur la montagne corydéenne.
Selon les légendes assyro-babyloniennes, Ubar-Tutu ou Khasisatra
fut sauvé ainsi que sa famille, ses serviteurs, leurs troupeaux et certains
animaux sauvages en embarquant sur un bateau dont la largeur et la hauteur
étaient égales. Le déluge dura six jours et six nuits. Lorsque le vaisseau
atteignit la Montagne Nizar, une colombe qui avait été lâchée retourna
à bord mais un autre oiseau, un corbeau, ne revint pas.
Selon certains écrits sumériens, assyriens et babyloniens,
Ut-Napishtim et sa famille survécurent au déluge qui dura six jours et
six nuits. Il est dit: "Le dix-septième jour, Ut-Napishtim regarda dehors.
Tout était calme. L'homme était redevenu comme de l'argile." Quand l'embarcation
eut atteint la Montagne Nizar, Ut-Napishtim fit partir une colombe, un
corbeau et un moineau. Le corbeau se mit à déchiqueter les cadavres, mais
les deux autres oiseaux ne revinrent pas.
Inde: Dans les récits épiques
de l'Inde que sont le Shatapatha, le Brahmana et le Mahabharata, la personne
dénommée Manu est sauvée des eaux en même temps que Rishiz. Selon la légende,
un poisson que Manu avait attrapé, et dont il avait épargné la vie, se
mit soudainement à grandir et lui dit de construire un bateau et de l'attacher
à sa proue. Le poisson conduisit le bateau au-dessus de vagues énormes,
et le mena vers le nord, jusqu'à la montagne Hismavat.
Pays de Galles: Selon une légende
galloise. (Le Pays de Galles est une région celtique de Grande-Bretagne)
Dwynwen et Dwyfach échappèrent au désastre en montant à bord d'un bateau.
Lorsque cessa le terrible déluge résultant du débordement de Llynllion,
qui fut appelé le Lac des Vagues, Dwynwen et Dwyfach commencèrent à repeupler
la Grande-Bretagne.
Scandinavie: Les légendes nordiques
rapportent que Belgamir et sa femme échappèrent au déluge en se protégeant
à bord d'un grand vaisseau.
Lituanie: Dans une légende lithuanienne,
il est dit que quelques couples d'humains et d'animaux ont obtenu leur
salut en s'abritant au sommet d'une montagne élevée. Lorsque les vents
et les flots déchaînés, qui duraient depuis douze jours et douze nuits,
faillirent les atteindre et les avaler, le Créateur leur lança une énorme
coquille de noix. Ils furent sauvés du désastre en naviguant après être
entrés à l'intérieur de cette coquille.
Chine: Des sources chinoises
rapportent qu'une personne appelée Yao ainsi que sept autres personnes,
ou bien Fa Li avec sa femme et leurs enfants, furent sauvés du déluge
et des tremblements de terre en prenant place à bord d'une embarcation.
Il est dit que "la terre était toute en ruines. Les eaux jaillissaient
et recouvraient tout". Finalement, les eaux se retirèrent.
Toutes ces légendes indiquent une réalité historique concrète.
Au cours de l'histoire, chaque communauté a reçu le message, chacun a
entendu parler de la révélation divine, et ainsi tous ont eu vent du déluge.
Malheureusement, comme les gens ont tourné le dos aux commandements divins,
les détails concernant le déluge furent plusieurs fois modifiés, pour
donner naissance à des légendes et des mythes.
La seule source ayant conservé en toute intégrité la véritable
histoire de Nuh et du peuple qui l'avait rejeté est le Coran, qui est
par ailleurs l'unique révélation divine demeurant inaltérée.
Le Coran nous fournit des informations correctes non
seulement sur le déluge de Nuh, mais aussi sur d'autres événements historiques
et peuples. Dans les pages suivantes, nous passerons en revue ces récits
véridiques. |